La flamme du français se transmet, sa noblesse d'âme éclaire la postérité — En mémoire du professeur Cheng Yirong

Le professeur Cheng, photographié en août 2014 au parc de Boulogne, dans la banlieue ouest de Paris
Le temps passe vite, et voilà déjà six printemps que notre cher professeur Cheng Yirong nous a quittés. Si les années peuvent estomper bien des souvenirs, elles n'ont pas réussi à effacer son image : son regard doux et déterminé, son élocution posée et raffinée, la logique limpide de ses cours, la rigueur et l'exigence de vérité dont il faisait preuve dans la discussion des problèmes — tout cela demeure aussi net qu'hier, profondément gravé dans mon cœur et dans celui de ses nombreux disciples. Éminent spécialiste du français en Chine et membre de la première promotion d'étudiants chinois envoyés en France par la Chine nouvelle en 1964, le professeur Cheng Yirong a consacré toute sa vie à l'étude de la lexicologie française. Il nous laisse non seulement une œuvre académique solide et substantielle, mais aussi, par la noblesse de son caractère et l'esprit rigoureux de ses recherches, un modèle durable pour les générations futures.
Une rigueur scientifique exemplaire, une exploration approfondie de la lexicologie française
Le professeur Cheng fut l'un des pionniers et des fondateurs majeurs de la recherche en lexicologie française en Chine. À l'époque où il se consacrait à l'enseignement et à la recherche du français, les études françaises en Chine se concentraient surtout sur la grammaire, la littérature et la traduction ; l'étude systématique du lexique demeurait un domaine peu développé, et les ouvrages de référence ou manuels sur le sujet faisaient cruellement défaut. Le professeur Cheng perçut avec acuité que le lexique constitue le fondement même d'une langue, mais aussi le vecteur de sa culture, et que seule une recherche approfondie permet de saisir véritablement l'essence d'une langue. C'est ainsi qu'il résolut de combler ce vide et s'engagea dans des décennies de travail assidu.
Ses recherches, à la fois théoriques et ancrées dans la pratique, alliaient profondeur académique et valeur applicative. Dans l'étude du système lexical, il retraça minutieusement l'évolution historique du vocabulaire français, remontant à ses sources latines, germaniques et celtiques, pour analyser les mécanismes de formation, d'emprunt, de fusion et d'évolution du lexique, dessinant ainsi avec clarté l'architecture d'ensemble du système lexical français. Dans le domaine de la sémantique, il examina systématiquement les mécanismes d'extension, de restriction, de glissement et de dérivation du sens, décryptant, à partir de contextes concrets, les nuances subtiles entre synonymes, quasi-synonymes et mots polysémiques — dépassant ainsi les limites d'une approche longtemps centrée sur la seule forme, au détriment des relations sémantiques. Quant au lien entre lexique et culture, il soulignait que le vocabulaire est porteur de culture : par l'analyse des expressions idiomatiques, des proverbes, des noms propres et des termes techniques, il mit en lumière l'histoire sociale, les traditions populaires et les modes de pensée français que recèle le lexique, faisant ainsi sortir la lexicologie du seul champ linguistique pour lui conférer une véritable dimension interculturelle.
Les travaux académiques du professeur Cheng sont devenus une référence essentielle pour des générations successives d'apprenants et de chercheurs en français. Son ouvrage Introduction à la lexicologie française (法语词汇学概论), notamment, se distingue par la cohérence de son système, la clarté pédagogique de son exposé et la richesse de ses exemples : il intègre les théories linguistiques les plus avancées à l'étranger tout en les adaptant aux caractéristiques d'apprentissage des étudiants chinois. Longtemps adopté comme manuel de référence par de nombreuses universités, il demeure aujourd'hui encore l'un des ouvrages les plus reconnus dans le domaine de la lexicologie française en Chine. Il a par ailleurs publié de nombreux articles scientifiques de haute qualité, explorant des questions telles que la normalisation du lexique, l'évolution des néologismes ou la comparaison lexicale bilingue, apportant des points de vue originaux qui ont contribué à approfondir sans cesse la recherche en lexicologie française en Chine.
Toute une vie vouée à l'enseignement, au service du développement de l'éducation française
En tant que l'un des principaux fondateurs du département de français de l'Université des études internationales du Guangdong, le professeur Cheng est toujours resté en première ligne de l'enseignement, intégrant le fruit de ses recherches à ses cours et transmettant à chacun de ses étudiants son amour de la langue. Ses cours ne se limitaient jamais à la simple transmission de connaissances : il s'attachait avant tout à inciter les étudiants à réfléchir à la logique et à la culture sous-jacentes à la langue, les guidant vers une méthode d'apprentissage rigoureuse et un véritable esprit de recherche.
Les nombreux manuels et ouvrages de référence qu'il a rédigés, alliant théorie et applicabilité, convenaient aussi bien à l'enseignement en classe qu'à l'étude autonome ; largement adoptés par de nombreuses universités, ils ont puissamment contribué à la normalisation et à la professionnalisation de l'enseignement du français en Chine. Après des décennies de labeur, ses élèves sont aujourd'hui légion, et nombre d'entre eux occupent désormais des postes clés dans l'enseignement du français, la traduction ou la diplomatie, perpétuant sa philosophie académique et son engagement pédagogique.
Dans son travail académique, le professeur Cheng est toujours resté fidèle au principe de « rigueur, exigence de vérité et recherche constante de la perfection ». Il nous disait souvent : « La recherche scientifique ne tolère pas la moindre approximation ; l'origine de chaque mot, la formulation de chaque règle doivent reposer sur des bases fiables, et non sur des suppositions subjectives. » Il appliquait lui-même ce principe avec une exigence sans faille : pour vérifier l'origine d'un mot, il consultait des documents originaux vieux de plusieurs siècles ; pour confirmer l'évolution d'un sens, il comparait des œuvres classiques et des dictionnaires faisant autorité de différentes époques ; même une simple phrase d'exemple dans un manuel, il la vérifiait à maintes reprises pour s'assurer de son exactitude. Face à une question controversée, il ne s'entêtait jamais dans son opinion, préférant consulter largement la documentation existante et échanger sincèrement avec ses pairs pour convaincre par la raison. Cette attitude, indifférente à la gloire et tout entière tournée vers la recherche, a permis à son œuvre académique de résister à l'épreuve du temps.
Un modèle de vertu pédagogique, une bienveillance empreinte de douceur et d'humilité
Aux yeux de ses étudiants, le professeur Cheng n'était pas seulement un érudit au savoir immense, mais aussi un aîné doux, humble, généreux et intègre. Dans l'éducation de ses élèves, il s'investissait corps et âme. Jamais il ne se contentait de suivre le manuel à la lettre : il savait, par l'art de l'inspiration et du questionnement, rendre vivant et limpide un savoir lexical par nature aride, amenant ses étudiants à comprendre non seulement le « comment » mais aussi le « pourquoi ». Envers ses étudiants, il se montrait à la fois exigeant et attentionné : il corrigeait leurs mémoires mot à mot, phrase par phrase, relevant chaque insuffisance, qu'il s'agisse des idées, de la formulation, des citations ou des notes ; il encourageait ses étudiants à poser des questions sans crainte et à explorer avec audace, écoutant patiemment et guidant avec soin même les idées encore immatures. Dans la vie quotidienne, il faisait preuve de douceur, de générosité et de sincérité envers autrui, aidant de son mieux tout étudiant confronté à une difficulté, qu'elle soit académique ou personnelle. Nombre de ses élèves, longtemps après avoir obtenu leur diplôme, continuent de ressentir sa sollicitude et ses conseils — une dette de gratitude envers ce maître que l'on n'oublie jamais.
Plus admirable encore était la noblesse de son caractère. Toute sa vie, il resta indifférent à la gloire et aux honneurs, ne recherchant ni statut ni prestige, plaçant toujours la recherche et l'enseignement au premier plan. Envers ses collègues, il se montrait modeste, bienveillant et toujours prêt à aider ; envers la recherche, il resta fidèle à ses convictions premières, sans jamais céder aux modes ; envers la vie, il demeura simple, sobre et serein. Il disait souvent : « La valeur d'un chercheur ne se mesure pas au nombre d'honneurs qu'il reçoit, mais à ce qu'il laisse de concret pour le développement de sa discipline et la formation des talents. » Il a vécu cette phrase jusqu'au bout, transmettant cet esprit académique d'une pureté rare à tous ceux qui l'entouraient.
Le professeur Cheng était un spécialiste reconnu du monde francophone chinois, doté d'une recherche approfondie et de vues originales sur la prose française, la littérature française et la poésie française, ainsi que d'une étude systématique et de contributions notables sur la poésie québécoise du Canada — faisant de lui l'un des experts essentiels reliant les études littéraires francophones de France et d'Amérique du Nord.
Fort d'une riche expérience académique à l'étranger, le professeur Cheng fut à plusieurs reprises envoyé en mission en France, dans divers pays d'Europe et d'Asie, ainsi qu'au Canada, pour des séjours d'études, des visites académiques et des échanges pédagogiques ininterrompus. Cette expérience lui permit de constituer une solide base de documentation de première main et une vision académique résolument internationale, tout en contribuant aux échanges franco-chinois et sino-canadiens dans le domaine de la recherche littéraire francophone et de la culture.
Six années ont passé depuis que le professeur Cheng nous a quittés, mais son héritage académique continue de nourrir le domaine de l'enseignement du français, et son esprit de rigueur comme la noblesse de son caractère continuent d'inspirer les chercheurs des générations suivantes à aller toujours de l'avant. La voie qu'il a tracée en lexicologie française est aujourd'hui poursuivie par un nombre croissant d'héritiers ; les graines du savoir qu'il a semées ont depuis longtemps germé et grandi, devenant les piliers de la profession.
Cher professeur Cheng, l'œuvre que vous avez laissée inachevée, nous continuerons de la porter ; l'esprit que vous nous avez transmis, nous le garderons à jamais en mémoire ; votre image et votre sourire resteront pour toujours gravés dans nos cœurs ; votre exemple et votre contribution demeureront à jamais inscrits dans les annales de l'enseignement et de la recherche du français en Chine.
Professeur Cheng, reposez en paix pour l'éternité — que la flamme se transmette sans fin, que votre exemple demeure à jamais !
Qiu Xiuxian, promotion 1976 de français, Université des études internationales du Guangdong
Paris, le 29 juin 2026